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Marché de l'art

Art Basel Paris a fermé deux jours plus tôt. Qui paie le week-end perdu ?

Le samedi, le risque de manifestation devant le Grand Palais était identifié. Le dimanche, d’autres foires parisiennes ont ouvert. Entre ces deux journées se joue la question que les galeristes posent à Art Basel : qui assume le coût d’une décision de sécurité ?

Devant la façade du Grand Palais, trois bannières violettes Art Basel Paris dominent l’entrée. Des visiteurs traversent le parvis près de structures métalliques ajourées.
Art Basel Paris 2026. Le parvis du Grand Palais pendant la foire parisienne. Photographie de presse de l’édition 2026.Photo : Courtesy of Art BaselSource : artbasel.com

Le vendredi 23 octobre à 19 heures, au Grand Palais, les caisses de transport ont remplacé les visiteurs. Chez Jeffrey Deitch, les manutentionnaires avaient terminé vers une heure du matin, raconte le galeriste à Artnet. Pour Dietl International, la nuit de travail n’a pas effacé les dépenses du week-end : l’équipe est restée à l’hôtel, et une partie des œuvres n’a été emballée que le lundi. La foire s’est arrêtée. Les factures, elles, ont continué.

Le samedi et le dimanche appelaient deux décisions

Jeudi 22 octobre, la direction d’Art Basel a annoncé que sa cinquième édition parisienne fermerait vendredi soir. Les deux journées publiques des 24 et 25 octobre étaient supprimées. Un appel à manifester visait le Grand Palais samedi à 16 heures, après les violences qui avaient suivi les mobilisations du week-end précédent. Les organisateurs disaient vouloir protéger visiteurs, exposants, équipes et œuvres. Décider avant le rassemblement laissait aux transporteurs le temps de travailler et évitait aux salariés de devoir choisir eux-mêmes s’ils pouvaient venir.

Art Basel dit avoir échangé avec des galeries et avec les autorités, dont la préfecture de police. Le Comité professionnel des galeries d’art (CPGA) dit que, lui, n’a pas été consulté. Ces deux récits peuvent être vrais : appeler quelques exposants et consulter leur organisation professionnelle sont deux démarches différentes. Le Grand Palais a fermé l’ensemble du bâtiment samedi. Aucun arrêté ni aucune instruction d’assureur imposant à la foire deux jours de fermeture n’apparaît dans les sources consultées. L’annonce aux exposants est venue d’Art Basel.

Le courrier du CPGA du 28 octobre, consulté par Monopol et Artnet, accepte la prudence du samedi. Il conteste le dimanche : sept autres foires parisiennes ont ouvert ce jour-là, selon ses signataires, et le public a retrouvé l’exposition « Cézanne et nous » dans le Grand Palais lui-même. Le risque pouvait différer d’une salle à l’autre. Mais une question précise reste sans réponse publique : à quel moment une réévaluation du dimanche était-elle encore possible avant que les stands ne soient démontés ? C’est sur ce point que l’organisateur devrait rendre des comptes.

Seize heures de moins pour ceux qui pouvaient venir avec un billet

Le programme officiel réservait treize heures aux deux créneaux sur invitation des 21 et 22 octobre, puis six heures à un vernissage accessible avec un billet spécifique ou une invitation. Ces séquences précédaient la fermeture. Les journées publiques ordinaires représentaient vingt-quatre heures, dont seize ont disparu. Même en incluant le vernissage dans le temps accessible sur billet, plus de la moitié de ce temps a été retranchée. Pour quelqu’un qui travaille en semaine, déplacer son billet au vendredi ne rend pas son samedi disponible.

Créneaux sur invitation : 13 heures maintenues sur 13. Vernissage : 6 sur 6. Journées publiques : 8 heures maintenues et 16 supprimées sur 24.
Calcul LCSA à partir des horaires d’Art Basel Paris 2026. Seize des vingt-quatre heures de journées publiques ont été supprimées.Photo : Graphique : rédaction LCSA. Données : Art Basel.Source : artbasel.com

Cette asymétrie échappe aux palmarès de ventes. Nathalie Obadia a expliqué au Monde que le week-end comptait pour des amateurs venus des régions françaises, de Belgique ou d’Allemagne. À l’inverse, Nicolo Cardi a défendu auprès d’Artnet la décision de sécurité après avoir vendu neuf œuvres. Les deux témoignages décrivent des clientèles différentes. Une galerie peut avoir conclu ses meilleures ventes dès l’ouverture tandis que, sur le stand voisin, la première conversation avec un futur collectionneur devait avoir lieu le dimanche.

Pour une galerie, le risque commence avant la première vente

Le prix du stand, l’éclairage, les cloisons, le transport aller et les nuits réservées étaient déjà engagés. Le démontage accéléré redistribue aussi le travail et le coût du retour. Le contrat d’assurance de chaque exposant détermine ce qu’il couvre. Protéger un tableau pendant le transport et assurer une perte d’exploitation sont deux questions distinctes. Faute de contrat parisien et de police applicables au cas considéré, on ne peut attribuer une dette à l’assureur ni établir un droit individuel à indemnisation.

Pour l’artiste représenté, le manque le plus difficile à chiffrer tient parfois à une visite manquée : un conservateur qui aurait vu la taille réelle d’une sculpture, un amateur qui aurait demandé une seconde œuvre. Un rendez-vous peut être repris sans que toute la rencontre le soit. À l’inverse, une réservation peut se conclure après la foire. Convertir les deux jours supprimés en un pourcentage de ventes perdues effacerait ces deux réalités.

Avant même la foire, les galeries n’abordaient pas le week-end avec les mêmes inquiétudes. Dans le baromètre 2026 du CPGA et d’IDDEM, 83 % des galeries réalisant moins de trois millions d’euros de chiffre d’affaires disent avoir observé en 2025 le retrait de certains acheteurs par rapport à 2024. Parmi les plus grandes, 38 % le signalent. Cet écart de 45 points ne mesure aucune perte à Paris. Il aide à comprendre pourquoi l’accès à de nouveaux collectionneurs peut peser davantage dans la décision de louer un stand. Chez certaines galeries, la rencontre du dimanche est précisément celle qui justifie le prix du stand.

83 % sous trois millions d’euros de chiffre d’affaires contre 38 % à partir de ce seuil, soit 45 points d’écart.
Baromètre CPGA / IDDEM 2026. Part des galeries déclarant le retrait de certains acheteurs en 2025 par rapport à 2024, selon le chiffre d’affaires annuel.Photo : Graphique : rédaction LCSA. Données : CPGA / IDDEM.Source : comitedesgaleriesdart.com

Un remboursement, un avoir ou une nouvelle rencontre ?

Art Basel a mis en place des modalités de remboursement pour les détenteurs de billets éligibles. Pour les exposants, la situation est différente. Le CPGA demande une compensation et une réunion avec Art Basel et GrandPalaisRmn. Selon le comité, le ministère de la Culture a accepté d’en réunir les parties. Le 29 octobre, le directeur de la foire, Karim Crippa, a annoncé aux exposants une réponse à venir. Au 3 novembre, les sources consultées ne donnent ni montant général arrêté ni échéancier de versement pour les stands.

Notre proposition serait de commencer par les factures dont la foire connaît déjà le montant. Art Basel pourrait restituer une fraction du prix de location à tous les exposants, puis ouvrir une enveloppe plafonnée pour les surcoûts de démontage documentés. Le premier geste fait porter une part du coût à l’organisateur et peut être exécuté vite. Le second cible des dépenses réelles mais exige un examen individuel. Aucun des deux ne prétend mettre un prix sur un tableau qui aurait pu se vendre.

Un avoir sur la prochaine édition, piste évoquée par des exposants interrogés par Artnet, préserverait davantage la trésorerie de la foire. Il aiderait surtout les galeries réinvitées et capables de revenir. Leur laisser le choix entre un avoir et une restitution immédiate éviterait que la compensation dépende d’une nouvelle dépense. Pour les rendez-vous manqués, Art Basel pourrait financer des présentations à distance et des visites en galerie, sur inscription volontaire des collectionneurs. Utile pour reprendre une discussion, ce service ne remplace ni la perception d’une œuvre en volume ni l’argent déjà sorti.

La prochaine décision se prépare avant la prochaine foire

Un galeriste choisit Paris en comparant le coût total du stand, les acheteurs qu’il peut y rencontrer et les conditions proposées ailleurs. Si l’incertitude sur une fermeture reste entièrement à sa charge, une petite structure pourrait réduire son stand, le partager ou renoncer. Ce sont des décisions possibles, pas des retraits déjà constatés. Si elles se multipliaient, le visiteur y perdrait aussi : il verrait plus souvent les artistes des galeries qui peuvent absorber une mauvaise édition.

Le terrain sur lequel Art Basel peut agir dès maintenant est celui de la prochaine invitation. Avant la signature, la foire pourrait préciser qui consulte le lieu, la préfecture et les représentants des exposants, à quelle heure chaque journée est réévaluée et quelle part des frais fixes est restituée selon le scénario. La décision d’évacuer doit pouvoir rester rapide. La règle qui répartit son coût, elle, se discute très bien quand les stands sont encore vides.

Le débat des lecteurs

Quelle réponse Art Basel devrait-elle privilégier pour les galeries après la fermeture du week-end ?

Sources

Les informations factuelles de cet article s'appuient sur les sources suivantes.

  1. Dossier de presse 2026 et horaires annoncés — Art Basel
  2. Annonce du 22 octobre et témoignages de galeristes — Le Monde
  3. Lettre du CPGA du 28 octobre et réponse du directeur — Monopol
  4. Transport, coûts et témoignages des exposants, 29 octobre — Artnet
  5. Position du CPGA et réunion demandée, 31 octobre — Artnet
  6. Baromètre 2026, données 2025, pages 7 et 13 — CPGA / IDDEM
  7. Information relative aux remboursements de billets — Art Basel
  8. Demande de compensation, mise à jour du 2 novembre — Le Journal des Arts
  9. Code des assurances, article L113-5 — Légifrance
  10. Photographie et conditions d’utilisation des images de presse — Art Basel