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Arthur Jafa à New York : ce que le montage nous oblige à regarder

I Am Tony relie l’image à la puissance des musiques noires américaines. L’intérêt dépasse la bande-son : Jafa confronte l’admiration pour une culture aux violences subies par celles et ceux qui la produisent.

Un visage en gros plan se détache d’un arrière-plan sombre.
Arthur Jafa, The White Album, 2018, photogramme. Image documentaire diffusée par le Hammer Museum ; ce n’est pas une vue de I Am Tony au New Museum.Photo : Image courtesy of the artist and Gladstone Gallery, New York.Source : hammer.ucla.edu

Pourquoi nommer une exposition d’images d’après un batteur ? Avec I Am Tony, Arthur Jafa rend hommage à Tony Williams. Le titre invite à prendre le rythme au sérieux : une coupure, une reprise ou un changement de durée peuvent transformer ce que l’on comprend d’une image. Au New Museum, cette piste permet d’aborder un travail dont la force tient aux relations entre les plans.

L’admiration n’efface pas la violence

La galerie Sadie Coles HQ situe la démarche de Jafa dans une tension centrale : la place majeure des cultures noires dans l’identité américaine coexiste avec une histoire de violences institutionnelles envers les populations noires. L’exposition annonce notamment Love is the Message, The Message is Death et The White Album, aux côtés d’œuvres nouvelles.

Ce cadre permet de poser une question plus exigeante que celle de la beauté des images : que signifie admirer une culture sans regarder les conditions dans lesquelles elle existe ? Le montage peut faire tenir ces deux réalités dans une même expérience, au lieu de les laisser dans des catégories séparées.

C’est l’intérêt critique que nous voyons dans cette invitation à regarder Jafa. L’émotion n’y dispense pas de réfléchir. Elle peut être le moment où deux images rapprochées rendent une contradiction impossible à ignorer.

Ce qu’un extrait nous fait perdre

Une image isolée peut devenir une icône. Dans un film, sa portée dépend aussi du plan qui la précède et du temps qui lui est accordé. Le photogramme de The White Album reproduit ici, diffusé par le Hammer Museum, reste donc un repère pour reconnaître l’œuvre ; il ne permet pas d’en éprouver le montage.

Cette différence donne une raison concrète de découvrir les films dans leur durée. On peut reconnaître les sujets dès le premier regard, puis s’apercevoir que leur voisinage change notre réaction. La musique participe à cette construction, sans réduire les images à des illustrations de la bande-son.

Regarder au-delà de l’effet immédiat

Pour aborder le parcours, il est utile de laisser une séquence se dérouler avant de chercher à en identifier chaque source. On peut ensuite revenir à un passage et se demander ce qui a produit son intensité : le sujet, sa durée, le son ou le contraste avec le plan précédent.

Cette attention distingue la rencontre avec une œuvre du défilement d’un flux de contenus. Elle permet aussi d’exercer son jugement : une succession nous bouleverse-t-elle parce qu’elle construit une relation précise, ou parce que les images sont déjà puissantes séparément ? La question ouvre la discussion sur le travail de Jafa.

I Am Tony au New Museum

L’exposition est annoncée à New York du 25 septembre 2026 au 4 janvier 2027. Elle réunit films, photographies, sculptures et installations sur deux étages. Informations du musée.

Sources

Les informations factuelles de cet article s'appuient sur les sources suivantes.

  1. Arthur Jafa — I Am Tony — Sadie Coles HQ
  2. Exhibitions — Arthur Jafa: I Am Tony — New Museum
  3. The White Album — Collection — Museum of Contemporary Art Chicago
  4. Lunchtime Art Talk on Arthur Jafa — 25 March 2026 — Hammer Museum
  5. The White Album — photogramme — Hammer Museum