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Stan Douglas au Jeu de Paume : comment une fiction rend le passé visible

Ses photographies ressemblent à des archives, mais les scènes ont été reconstruites. Avec Parallax, Stan Douglas donne une raison précise de se méfier des images trop évidentes — et de mieux les regarder.

Foule en rangées serrées, vêtue de costumes et de chapeaux, dont les regards se dirigent dans plusieurs directions.
Stan Douglas, Hastings Park, 16 July 1955, 2008, série Crowds and Riots. Le titre situe la scène reconstituée ; l’œuvre a été réalisée en 2008.Photo : © Stan Douglas, Courtesy the artist, Victoria Miro, and David ZwirnerSource : jeudepaume.org

Une foule en vêtements des années 1950, photographiée en 2008 : Hastings Park, 16 July 1955 résume le piège fécond tendu par Stan Douglas. L’image paraît avoir saisi un instant ancien. Cet instant a pourtant été fabriqué. Parallax, au Jeu de Paume, permet d’examiner ce que la photographie nous fait croire, et les histoires qu’elle peut rouvrir.

Reconstituer une foule sans figer chaque geste

Douglas explique dans un entretien à ArtCenter avoir réuni des personnes en costumes d’époque pour recréer un public de l’hippodrome de Vancouver. Mais il cherchait à laisser surgir le moment photographique, plutôt qu’à imposer chaque pose.

Cette méthode rend l’œuvre plus intéressante qu’une simple démonstration de virtuosité. Le cadre historique est préparé ; les réactions des personnes gardent une part d’imprévu. Ce que nous prenons pour une preuve du passé naît donc d’une rencontre entre recherche, mise en scène et hasard.

La date de 1955 appartient au titre et au sujet représenté. Celle de 2008 situe la création. Lire les deux ensemble change le regard : on cherche désormais les choix qui rendent ce passé crédible. C’est un bon point de départ pour le visiteur comme pour l’amateur de photographie.

Disco Angola : une fête chargée d’histoire

Deux personnes en rose et en costume clair sont assises au centre d’une salle dorée, entourées d’autres figures.
Stan Douglas, Two Friends, 1975, 2012, série Disco Angola. Le millésime du titre appartient à la fiction historique.Photo : © Stan Douglas, Courtesy the artist, Victoria Miro, and David ZwirnerSource : jeudepaume.org

Pour Disco Angola, réalisé en 2012, Douglas imagine un photojournaliste qui fréquente les clubs new-yorkais et voyage en Angola dans les années 1970. La présentation de la galerie David Zwirner décrit des scènes reconstituées à partir d’archives, de costumes et de décors.

Two Friends, 1975 montre deux personnes assises dans une salle de bal, à distance de l’agitation attendue. Cette retenue donne au spectateur une place : qui participe vraiment à la fête, qui la découvre, qui reste à son bord ? L’image encourage ces questions sans livrer une biographie imaginaire de ses personnages.

La série relie deux lieux que l’on rapprocherait rarement. Ce montage est stimulant précisément parce qu’il demande un effort : le plaisir du décor ne suffit pas à comprendre les relations entre culture disco, émancipation et rapports de pouvoir. La fiction devient une invitation à enquêter.

Regarder aussi la fabrication

Plusieurs images en noir et blanc sont projetées au fond d’une salle sombre.
Stan Douglas, Birth of a Nation, 2025. Vue d’installation à Victoria Miro, Londres, 2025 ; ce n’est pas une vue de Parallax à Paris.Photo : © Stan Douglas, Courtesy the artist, Victoria Miro, and David ZwirnerSource : jeudepaume.org

La vue de Birth of a Nation reproduite ici a été prise à Londres en 2025. Elle montre un dispositif de projection antérieur à Parallax. La distinguer d’une vue de l’exposition parisienne permet de suivre le travail de Douglas sans confondre les lieux où il a été présenté.

Vue en hauteur d’un décor de tournage composé de pièces meublées, de cloisons ouvertes et de structures apparentes.
Décor pour Inconsolable Memories de Stan Douglas, Vancouver, 2005. Document de fabrication diffusé par le Jeu de Paume.Photo : © Stan Douglas, Courtesy the artist, Victoria Miro, and David ZwirnerSource : jeudepaume.org

Le document consacré au décor d’Inconsolable Memories, à Vancouver en 2005, apporte un autre accès à l’œuvre : une scène qui semble continue à l’écran repose sur une construction matérielle. Comprendre cette fabrication enrichit l’image ; cela ne lui retire pas sa force.

L’intérêt de Parallax est de faire tenir ensemble ces deux expériences : se laisser prendre par une scène, puis chercher comment elle nous a convaincus. Le risque serait de s’arrêter à l’élégance des reconstitutions. Les dates, les recherches et les dispositifs donnent les moyens d’aller plus loin.

Visiter Parallax à Paris

Stan Douglas — Parallax est présenté au Jeu de Paume du 20 octobre 2026 au 10 janvier 2027. Consultez les informations de visite avant de venir : le musée signale notamment une fermeture exceptionnelle le samedi 24 octobre 2026.

Sources

Les informations factuelles de cet article s'appuient sur les sources suivantes.

  1. Stan Douglas — Parallax — Jeu de Paume
  2. Artist, professor and Graduate Art Chair Stan Douglas wants students to discover their own paths — ArtCenter College of Design
  3. Disco Angola — communiqué de 2012 — David Zwirner
  4. Horaires & Accès — Paris — Jeu de Paume
  5. Stan Douglas — Hastings Park, 16 July 1955 : document visuel — Jeu de Paume
  6. Stan Douglas — Two Friends, 1975 : document visuel — Jeu de Paume
  7. Stan Douglas — Birth of a Nation : document visuel — Jeu de Paume
  8. Stan Douglas — Décor pour Inconsolable Memories, Vancouver : document visuel — Jeu de Paume