Laila Hida à Tours : comment les images fabriquent l’oasis
Du palmier décoratif aux vues de territoires, les images circulent et modèlent les lieux. Laila Hida révèle les choix qui donnent à l’oasis sa familiarité visuelle.
Un palmier peut être un arbre, un motif publicitaire ou un accessoire de décor. La nuit américaine de Laila Hida, au Jeu de Paume – Tours du 19 juin au 8 novembre 2026, suit ces passages. Sous le commissariat de Jeanne Mercier, l’exposition examine comment le cinéma, le tourisme et l’aménagement des lieux reprennent des images jusqu’à leur donner l’évidence d’un paysage.
Le Voyage du Phoenix : suivre un signe qui se déplace
Le projet au long cours porte le titre Le Voyage du Phoenix. Les textes de salle décrivent une enquête sur le palmier-dattier, nourrie de cartes postales, de captures d’écran, de coupures de presse et d’objets-souvenirs. Hida suit sa circulation du Maroc à la Riviera française puis à la Californie. L’arbre devient un fil reliant des territoires et les représentations qui les rendent désirables.
L’intérêt d’un tel corpus tient aux différences entre les supports. Une carte postale propose une vue à emporter ; une publicité associe un lieu à une promesse ; un objet-souvenir condense cette promesse dans une forme transportable. Les comparer permet de comprendre comment quelques signes persistent alors que leurs contextes changent. L’oasis peut ainsi devenir une image familière à quelqu’un qui n’en a jamais fait l’expérience.
Un décor annonce ce qu’il faut voir
Into the maw of the spectacle, daté de 2024 dans la présentation du Château de Tours, montre un paysage composé de reliefs ocre, de palmiers stylisés et d’une grande sphère claire. Les éléments semblent réunis pour être immédiatement reconnaissables. La surface lisse de la sphère contraste avec les accidents du terrain ; les palmiers donnent une mesure verticale à l’ensemble.
Ce rapprochement invite à examiner la fabrication de la vue. Le paysage fonctionne comme un assemblage : chaque élément apporte un signe, puis leur combinaison suggère un ailleurs. L’image ne nous demande pas seulement de reconnaître ce qu’elle représente. Elle permet de regarder comment se construit cette reconnaissance, par des formes déjà rencontrées dans d’autres images.
L’Orientaliste, Marrakech, de 2024, déplace la question vers une façade urbaine. Un palmier décoratif se dresse devant une entrée ; des lettres peintes, des ouvertures et des équipements techniques partagent le mur. La ville quotidienne et sa mise en scène occupent le même cadre.
Le décor ne forme donc pas nécessairement un monde séparé. Il peut se fixer à un bâtiment, accompagner une activité et organiser la manière dont un lieu se présente. Le palmier fonctionne ici comme un signal visuel. Sa présence attire l’attention sur les choix qui rendent une façade reconnaissable et sur les attentes auxquelles ces choix répondent.
Passer de l’image plane à une forêt de vues
À Tours, Le voyage du Phoenix / The Journey of the Phoenix, daté de 2026, prend notamment la forme d’une accumulation d’images verticales issues de Google Earth. Le guide décrit une disposition montant jusqu’au plafond, autour d’un pilier ancien en bois. Des vues prises à distance deviennent ainsi un environnement à parcourir.
Ce déplacement change la place du spectateur. Consulter une image sur un écran donne l’impression de disposer du territoire depuis un point fixe. Rencontrer plusieurs images dans une salle impose au contraire des choix de distance, de direction et de rythme. L’espace d’exposition rend sensible une opération habituellement discrète : organiser des vues, c’est déjà proposer un récit du monde.
Le photogramme de Sange Khara, œuvre de 2025, présente une lumière basse derrière des reliefs, dans une tonalité dorée. Il fournit un autre régime d’image : moins une accumulation de signes qu’une atmosphère où les contours s’effacent. Le titre La nuit américaine renvoie lui-même au procédé cinématographique qui fait paraître nocturne une scène tournée de jour.
L’enjeu de l’exposition se situe dans ces changements de registre : une image peut informer, séduire, orienter et mettre en scène. Observer ses artifices permet de retrouver les décisions que son apparente évidence tend à faire oublier.
Au Château de Tours
La présentation se trouve au 25, avenue André-Malraux, au Château de Tours. Elle est ouverte du mardi au dimanche de 14 h à 18 h, jusqu’au 8 novembre 2026. Ces informations concernent le site de Tours, dont la programmation et les horaires sont distincts de ceux du Jeu de Paume parisien.
Sources
Les informations factuelles de cet article s'appuient sur les sources suivantes.
- Laila Hida — La nuit américaine — Jeu de Paume
- Textes de salles — Laila Hida. La nuit américaine — Jeu de Paume
- Laila Hida — Exposition du Jeu de Paume — Musées et Patrimoine de Tours
- Laila Hida — La Nuit américaine : agenda — Musées et Patrimoine de Tours
- Laila Hida — Into the maw of the spectacle : visuel — Musées et Patrimoine de Tours
- Laila Hida — L’Orientaliste, Marrakech : visuel — Musées et Patrimoine de Tours
- Laila Hida — Sange Khara : visuel — Jeu de Paume