Monira Al Qadiri à Sarrebruck : pourquoi le pétrole nous séduit encore
Avec BENZENE FLOAT, des molécules deviennent de séduisantes sculptures gonflables. Monira Al Qadiri donne une forme à une contradiction : nous aimons aussi ce que la pétrochimie rend possible.
Pour parler du pétrole, Monira Al Qadiri choisit des volumes brillants et colorés. BENZENE FLOAT, présenté à la Moderne Galerie de Sarrebruck, attire avant de livrer son sujet. Ce choix mérite l’attention : une œuvre sur notre dépendance aux ressources fossiles peut-elle nous faire réfléchir en nous donnant d’abord envie de la regarder ?
La réponse proposée par cette installation tient à une contradiction familière. Les produits de la pétrochimie participent au confort quotidien ; leur fabrication a aussi un coût environnemental. L’artiste donne à cette ambivalence une forme que l’on peut rencontrer physiquement.
Des molécules trop grandes pour être ignorées
Le musée présente quatre sculptures gonflables, issues de la série de 2023. Elles agrandissent des modèles de composés pétrochimiques, parmi lesquels le benzène et le naphtalène. Une matière dont on connaît rarement la structure prend ainsi les dimensions de l’architecture.
Le changement d’échelle a un intérêt précis : il inverse notre rapport à ces substances. Habituellement, nous manipulons les objets qu’elles rendent possibles. Ici, leurs représentations occupent l’espace autour de nous. C’est une manière de donner du poids à une présence quotidienne devenue presque invisible.
La séduction fait partie du problème
Les photographies d’Oliver Dietze montrent des couleurs éclatantes et des surfaces qui accrochent la lumière. Cet attrait ne contredit pas nécessairement la portée critique de l’œuvre. Il en fournit le ressort : on peut apprécier une forme puis apprendre ce à quoi elle renvoie, sans que le premier plaisir disparaisse.
Cette lecture nous paraît plus intéressante qu’une simple opposition entre industrie mauvaise et nature désirable. Elle oblige à reconnaître l’agrément des objets, la fascination pour les matériaux et la difficulté d’y renoncer. Le visiteur est concerné par ce qu’il aime, autant que par ce qu’il condamne.
Une enveloppe, pas un monument éternel
Les plis visibles sur les clichés rappellent que ces volumes sont gonflables. Leur apparence monumentale repose sur une enveloppe. Ce décalage entre ampleur et fragilité ajoute une piste de lecture : l’impression de puissance n’exige pas toujours une matière massive.
Ce que l’on peut en attendre
L’intérêt de BENZENE FLOAT est de rendre sensible une contradiction, plutôt que de résoudre à elle seule le débat sur l’énergie. Pour la regarder, une question suffit : la connaissance du sujet change-t-elle notre attirance pour ces formes ? C’est dans cet aller-retour que la proposition devient autre chose qu’un décor spectaculaire.
Voir BENZENE FLOAT
L’installation est présentée jusqu’au 3 janvier 2027 au Saarlandmuseum – Moderne Galerie, à Sarrebruck. Informations de visite.
Sources
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