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RAMM:ELL:ZEE à Bolzano : le langage prend corps dans TIME:LINE

**Du 17 octobre 2026 au 14 mars 2027, Museion présentera RAMM:ELL:ZEE TIME:LINE, dernier chapitre d’un projet développé avec le Palais de Tokyo et le Capc de Bordeaux. Sous le commissariat d’Hugo Vitrani et Cédric Fauq, l’exposition accordera une place particulière aux liens de l’artiste avec l’Italie, entre écriture, sculpture et performance.** [S1, S2]

Rammellzee portant un masque composite, mains gantées sur un muret, devant des arbres.
Rammellzee photographié par Mari Horiuchi. Image diffusée par Museion pour RAMM:ELL:ZEE TIME:LINE.Photo : Rammellzee © Mari Horiuchi. Courtesy of Red Bull Arts New York and Rammellzee EstateSource : museion.it

Dans la photographie de Mari Horiuchi diffusée par Museion, Rammellzee apparaît derrière un muret, les mains gantées posées sur son bord. Un assemblage de formes, de couleurs et de matières recouvre son visage. Les yeux restent visibles, mais le portrait montre surtout une présence construite : un masque qui prolonge le corps et en modifie la silhouette. [S5]

Cette image donne une entrée dans une œuvre où les signes ne demeurent pas sur la page. Ils prennent de l’épaisseur, se portent, se prononcent et deviennent des objets. À Bolzano, le parcours annoncé permettra d’aborder ces transformations en les confrontant à d’autres histoires de l’écriture et de la représentation.

Ce que le chapitre italien ajoute

Museion annonce plus de 150 œuvres réparties sur deux étages. L’exposition reviendra notamment sur les collaborations et performances réalisées en Italie dans les années 1980. Des prêts de l’abbaye de Novacella et des œuvres de Fortunato Depero introduiront des rapprochements avec les manuscrits enluminés et le futurisme italien. [S1]

Le choix de ces voisinages déplace la question. Il ne s’agit plus seulement de situer Rammellzee dans la scène new-yorkaise dont il est issu, mais d’examiner les distances qu’il fait parcourir aux lettres et aux images. Un signe peut appartenir à un système d’écriture, devenir un motif et participer à la construction d’un objet.

Ces rapprochements demandent toutefois à être lus comme une proposition d’exposition, non comme la preuve d’une continuité historique simple. Comparer une enluminure et une lettre transformée ne revient pas à les rendre interchangeables. L’intérêt réside aussi dans ce qui les sépare : leurs usages, leurs destinataires et les conditions dans lesquelles elles ont été produites.

Une photographie d’archive de Mimmo Laera, choisie par Museion pour annoncer TIME:LINE, montre Rammellzee à cheval, levant un objet au-dessus de lui. [S6] Le geste et la tenue participent à sa mise en scène. Le document complète utilement l’image de l’artiste masqué : le corps peut construire un personnage avant même qu’une armure le recouvre entièrement.

Rammellzee à cheval dans un paysage herbeux, levant un objet au-dessus de sa tête.
Rammellzee à cheval, photographié par Mimmo Laera. Archive diffusée par Museion pour TIME:LINE ; date et contexte à préciser.Photo : Photo : Mimmo LaeraSource : museion.it

Le Gothic Futurism, une théorie formulée par l’artiste

Les commissaires expliquent que le Gothic Futurism relie deux temporalités dans la pensée de Rammellzee : celle des moines copistes et celle d’un futur technologique. L’artiste envisageait le wild style comme un prolongement du travail de l’enluminure. Cette parenté relève de sa théorie, pas d’une origine du graffiti que l’histoire aurait définitivement établie. [S3]

La comparaison aide à regarder la lettre autrement. On peut la lire pour sa valeur dans un mot, mais aussi suivre ses prolongements, ses courbes et ses interruptions. À quel moment devient-elle difficile à déchiffrer ? Que reste-t-il de son identité lorsqu’elle acquiert des appendices ou se transforme en volume ?

Chez Rammellzee, cette difficulté de lecture n’est pas un simple obstacle à éliminer. Elle participe d’une réflexion sur les contraintes imposées au langage. Les commissaires décrivent une pensée dans laquelle l’alphabet peut servir le contrôle, mais aussi être reconfiguré. [S3] L’écriture cesse alors d’être seulement un moyen de transmettre un message : sa forme devient elle-même un terrain de confrontation.

Armer la lettre, puis habiter le costume

L’Ikonoklast Panzerism, également désigné comme Iconoclastic Panzerism dans les textes de Museion, prolonge cette volonté d’armer symboliquement les lettres. [S2, S3] Le vocabulaire militaire appartient à l’univers conceptuel de l’artiste. Il ne suffit pas à faire de chaque forme une arme littérale ni à réduire l’ensemble à une imagerie de combat.

TIME:LINE placera notamment au centre du parcours Gasholear, un exosquelette portable développé entre 1987 et 1998. Museion annonce aussi les ensembles Letter Racers, Garbage Gods et Monster Models. [S1]

Le costume pose une question différente de celle d’une sculpture autonome. Il possède une apparence lorsqu’il est présenté immobile, mais il a également été conçu pour rencontrer un corps. Son équilibre visuel peut dépendre d’un mouvement, d’un geste, d’une manière de se tenir. Les commissaires insistent précisément sur cette destination : les costumes devaient être portés et habités. [S3]

Le portrait de Horiuchi rend cette différence sensible. Les mains agrippent le bord du muret, le buste s’incline et le masque fait face à l’objectif. La présence ne vient pas seulement de l’accumulation des éléments. Elle tient à une posture qui les met en relation avec le décor et avec celui qui regarde.

Costumes de Rammellzee sur des plateformes, devant une peinture, au Palais de Tokyo en 2025.
Archive : costumes dans ALPHABETA SIGMA (Face A), Palais de Tokyo, Paris, 2025. Photographie : Aurélien Mole.Photo : Photo : Aurélien MoleSource : palaisdetokyo.com

Regarder les matières sans les réduire au décor

Au Palais de Tokyo, ALPHABETA SIGMA (Face A) examinait les matières de l’œuvre : peinture, résine, textile, spray et lumière noire, mais aussi ses motifs récurrents, parmi lesquels la lettre, la flèche et le masque. [S4] Les photographies de cette étape parisienne de 2025 permettent d’observer ce que ces rapprochements produisaient visuellement.

Sur un cliché d’Aurélien Mole, un masque apparaît dans un éclairage bleu. Des lignes jaunes et vertes détachent le contour des yeux et de la bouche ; ailleurs, les éléments se fondent dans une masse plus sombre. [S7] La photographie montre un visage composé de plusieurs niveaux de lisibilité : certains traits surgissent immédiatement, d’autres demandent de s’attarder.

Une autre vue place des œuvres encadrées et des objets en volume dans un même champ. [S8] Le regard passe du mur au socle, d’une surface verticale à un contenant ouvert. Ce voisinage rend insuffisant un classement rapide entre peinture et sculpture : il invite à examiner ce que chaque objet fait à l’espace qui l’entoure.

Ces images documentent Paris, pas la scénographie à venir de Bolzano. Elles fournissent néanmoins des points d’attention pour TIME:LINE : distinguer les matériaux, observer leurs raccords, puis regarder comment ils contribuent à la construction d’une figure ou d’un signe.

Masque composite aux traits fluorescents dans un éclairage bleu, exposition parisienne de Rammellzee en 2025.
Archive : un masque de Rammellzee dans ALPHABETA SIGMA (Face A), Palais de Tokyo, Paris, 2025. Photographie : Aurélien Mole.Photo : Photo : Aurélien MoleSource : palaisdetokyo.com
Œuvre encadrée et deux objets en volume présentés ensemble au Palais de Tokyo en 2025.
Archive : œuvres en surface et en volume dans ALPHABETA SIGMA (Face A), Palais de Tokyo, Paris, 2025. Photographie : Aurélien Mole.Photo : Photo : Aurélien MoleSource : palaisdetokyo.com

La voix donne encore une autre forme aux signes

Rammellzee est aussi une figure de la culture hip-hop. Les commissaires rappellent sa présence dans Wild Style et sa participation avec K-Rob à Beat Bop, produit par Jean-Michel Basquiat, qui en a conçu la pochette. [S3] Ce repère musical importe ici moins comme anecdote de collaboration que comme extension de son travail sur le langage.

Une lettre dessinée peut être examinée longuement ; une voix impose un débit, une articulation et une durée. La relation entre écriture et son rend ainsi le langage mobile d’une autre manière. Le signe ne change plus seulement de forme : il prend place dans une performance.

En associant archives, objets, images et contextes historiques, le projet de Bolzano invite à maintenir ensemble ces dimensions. On peut suivre un détail de masque, une lettre ou une posture sans chercher à résoudre toute l’œuvre comme une énigme unique. Le plus fécond sera peut-être d’observer les passages : du signe au relief, du relief au corps, puis du corps à la voix.

Informations pratiques : RAMM:ELL:ZEE TIME:LINE, Museion, Bolzano, du 17 octobre 2026 au 14 mars 2027. Opening annoncé le 16 octobre à 19 h. Présentation officielle et informations de visite. [S1]

Sources

Les informations factuelles de cet article s'appuient sur les sources suivantes.

  1. Museion, « RAMM:ELL:ZEE TIME:LINE », page spécifique italienne
  2. Museion, « RAMM:ELL:ZEE TIME:LINE », annonce du 29 juin 2026
  3. Palais de Tokyo, « Entretien avec Cédric Fauq et Hugo Vitrani, commissaires de l’exposition ALPHABETA SIGMA »
  4. Palais de Tokyo, « ALPHABETA SIGMA (Face A) »
  5. Mari Horiuchi, portrait de Rammellzee diffusé par Museion
  6. Mimmo Laera, archive diffusée sur la page TIME:LINE
  7. Museion et Palais de Tokyo, pages presse