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Rojō à Tokyo : à qui laisse-t-on une place dans la rue ?

Un char fabriqué avec des vestiges de bains publics, un jeu qui dépend des autres : Rojō donne des formes concrètes à une question politique, celle de notre place dans la ville.

Char à l’allure d’un petit bâtiment de bains publics, avec toiture, enseignes et éléments assemblés, photographié dehors.
SENTO-DASHI Committee, SENTO-DASHI, 2021, collection particulière. Photographie : Katsu Okubo.Photo : Photo: Katsu OkuboSource : shoto-museum.jp

S’arrêter, jouer ou se rassembler peut suffire à gêner dans une rue organisée pour circuler. C’est cette contradiction que Rojō met au travail au Shoto Museum of Art. L’intérêt du parcours tokyoïte tient à ses exemples : des objets et des gestes familiers rendent visible une question souvent abstraite, celle du droit de chacun à occuper la ville.

SENTO-DASHI : sauver un usage autant qu’un bâtiment

Le collectif SENTO-DASHI Committee assemble des éléments de bains publics démolis pour en faire un char mobile. Le projet conserve ainsi des fragments d’un lieu où l’on se rencontrait. Les déplacer dehors revient à donner une nouvelle occasion de rassemblement à ce qui semblait voué à la disparition.

Ce choix mérite l’attention : un patrimoine ne se réduit pas à la beauté d’une façade. Il comprend aussi les habitudes et les relations que le bâtiment rend possibles. Le char en propose une traduction inventive, tout en laissant ouverte une limite essentielle : une procession ne remplace pas un équipement de quartier disparu.

Ce que l’on perd en voulant tout ordonner

L’exposition marque les quarante ans de la Street Observation Society, fondée en 1986. Le groupe repère avec humour les situations que la ville produit sans les avoir prévues. Cette attention aux singularités porte aussi une critique de l’uniformisation urbaine.

Pour les amateurs d’art dans l’espace public, le rapprochement est fécond. Il invite à regarder autour des œuvres : ce qui reste d’un ancien usage, ce qui surprend dans un trajet habituel, ce qu’un aménagement trop lisse ferait disparaître. La valeur d’une rue tient aussi à ces détails sans signature.

Un jeu qui oblige à compter sur quelqu’un

Dans l’œuvre de Yasuhiro Suzuki datée de 2001, un jeu rotatif devient un écran. Le dossier du musée précise que l’apparition de l’image dépend d’autres personnes qui le font tourner. Le dispositif donne un sens très concret au mot « partager » : pour voir, on a besoin d’un geste que quelqu’un d’autre accomplit.

Rojō trouve là son argument le plus convaincant. La vie collective ne consiste pas seulement à se croiser sans se heurter ; elle suppose parfois de s’attendre et de coopérer. Ces œuvres valent le détour pour cette manière de rendre une idée politique sensible, à l’échelle du corps.

Les repères pour la visite

Rojō [shared ground] — am i in your way? est présenté au Shoto Museum of Art, à Tokyo, du 19 septembre au 23 novembre 2026. Vérifiez les ouvertures et les fermetures exceptionnelles sur le site du musée avant le déplacement.

Sources

Les informations factuelles de cet article s'appuient sur les sources suivantes.

  1. Rojō [shared ground] — am i in your way? — Shoto Museum of Art
  2. 路上、お邪魔ですか? — page japonaise — Shoto Museum of Art
  3. 路上、お邪魔ですか? — dossier de presse, 4 pages — Shoto Museum of Art
  4. SENTO-DASHI — visuel officiel 2021 — Shoto Museum of Art