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Romuald Hazoumè : des bidons bleus deviennent des portraits

Une poignée, un orifice, des plumes ou des fibres : les objets demeurent reconnaissables pendant qu’un visage apparaît. Deux assemblages permettent de suivre cette transformation.

Un récipient bleu à poignée est entouré d’un éventail de longues plumes aux tons bleus, verts et bruns.
Romuald Hazoumè, Autlan de Navarro, 2024/25. Objets trouvés, 50 × 60 × 18 cm. Reproduction diffusée par October Gallery.Photo : © Romuald Hazoumè. Source : October Gallery.Source : octobergallery.co.uk

Un bidon conserve sa poignée, son ouverture et ses marques d'usage ; quelques objets ajoutés suffisent pourtant à lui donner une présence de visage. Avec My Blue Period, annoncée à October Gallery, à Londres, du 8 octobre au 21 novembre 2026, Romuald Hazoumè reprend ses assemblages de récipients plastiques et de matériaux trouvés. Deux œuvres de 2024/25, Autlan de Navarro et Thal, permettent d'en observer les transformations.

Autlan de Navarro : faire rayonner un contenant

Dans Autlan de Navarro, le récipient bleu reste clairement identifiable. Une poignée verticale en marque le centre, une ouverture sombre apparaît dans sa partie inférieure. Autour de cette forme compacte, de longues plumes composent un éventail irrégulier.

L'assemblage agit par contraste. Le plastique donne un volume fermé, relativement lisse ; les éléments ajoutés prolongent ses bords et multiplient les directions. Leur disposition fait passer le regard du centre vers la périphérie, puis le ramène vers l'ouverture du bidon.

Le visage apparaît sans effacer l'objet. On peut voir une bouche dans l'orifice tout en continuant à reconnaître un récipient. Cette oscillation constitue une part essentielle du travail : la transformation reste assez limitée pour que les deux lectures se maintiennent ensemble.

La photographie frontale accentue ce phénomène. Elle rassemble les pièces en une silhouette immédiatement perceptible. Mais les ombres et les décalages rappellent que l'on regarde un assemblage en volume, avec des épaisseurs et des raccords.

Un contenant bleu dont l’ouverture et la poignée sont visibles porte une masse de fibres bleues retombantes.
Romuald Hazoumè, Thal, 2024/25. Objets trouvés, 38 × 44 × 18 cm. Reproduction diffusée par October Gallery.Photo : © Romuald Hazoumè. Source : October Gallery.Source : octobergallery.co.uk

Thal : une autre manière de faire surgir une tête

Dans Thal, une masse de fibres bleues recouvre la partie supérieure d'un contenant. Les fibres retombent sur les côtés ; l'ouverture circulaire et la poignée restent visibles. La parenté de couleur rapproche les matériaux, tandis que leurs textures les distinguent.

Là où Autlan de Navarro déploie sa périphérie, Thal concentre l'attention sur la retombée des fibres. Ce qui pourrait être lu comme une chevelure modifie les proportions du bidon : il paraît moins autonome, comme pris dans une enveloppe souple.

Comparer les deux œuvres montre que le portrait ne repose pas sur l'ajout de tous les traits d'un visage. Une orientation, un orifice et une matière disposée autour du contenant peuvent suffire. Le regard accomplit une partie de la transformation en reliant ces indices.

Le bleu rapproche sans uniformiser

La galerie associe le titre My Blue Period à la période bleue de Picasso et au blues. Ce sont des rapprochements proposés dans son texte de présentation. Ils ouvrent un contexte de lecture, tandis que les objets donnent d'abord à voir des différences concrètes de surface et de construction.

Le bleu peut unifier des éléments hétérogènes sans les rendre équivalents. Une fibre absorbe la lumière autrement qu'un plastique ; un bord usé ne présente pas la même continuité qu'une zone lisse. La proximité chromatique rend justement ces écarts plus sensibles.

Les titres introduisent à leur tour des associations, mais ne dispensent pas de regarder le montage. Quelle pièce porte l'ensemble ? Où commence l'ajout ? Qu'est-ce qui permet de reconnaître un visage ? Ces questions gardent l'analyse au contact de l'œuvre, avant de lui attribuer une signification unique.

Voir le réemploi à l'œuvre

La pratique de Hazoumè donne au contenant une place récurrente, documentée par October Gallery. Dans ces deux assemblages, le réemploi reste lisible : les objets ne disparaissent pas sous une représentation entièrement nouvelle.

C'est cette persistance qui rend les portraits actifs. Le visage semble surgir d'un objet encore présent, avec sa fonction antérieure et sa matérialité. My Blue Period se tient à October Gallery, à Londres, du 8 octobre au 21 novembre 2026 ; les informations de visite sont à consulter auprès de la galerie.

Sources

Les informations factuelles de cet article s'appuient sur les sources suivantes.

  1. Romuald Hazoumè: My Blue Period — October Gallery
  2. Romuald Hazoumè — artist page — October Gallery
  3. Autlan de Navarro — reproduction — October Gallery
  4. Thal — reproduction — October Gallery