LA COTE DU STREET ARTIndice de référence · Art urbain & contemporain
Rejoindre LCSA
Expositions & événements

Universal Tongue : les danses d’Internet entrent au musée

Collecter, monter, projeter : Universal Tongue fait circuler les gestes entre les écrans. Le visiteur compose son propre parcours dans un vaste ensemble d’images de danse.

Dans une salle sombre, plusieurs écrans montrent des corps en mouvement ; des visiteurs apparaissent entre les projections.
Vue de l’exposition Anouk Kruithof — Universal Tongue à la Moderne Galerie du Saarlandmuseum, 2026. Photographie : Oliver Dietze.Photo : © Anouk Kruithof 2026, Foto: Oliver Dietze / Stiftung Saarländischer KulturbesitzSource : modernegalerie.org

Huit vidéos peuvent défiler en même temps sans que personne ne les regarde toutes de la même façon. Avec Universal Tongue, Anouk Kruithof transforme une recherche sur les danses mises en ligne en une installation à huit canaux. Présentée à la Moderne Galerie du Saarlandmuseum, à Sarrebruck, du 9 mai 2026 au 3 janvier 2027, l’œuvre fait du montage une expérience de déplacement et d’attention.

Du corpus numérique au montage

Selon le musée, la recherche collective rassemble plus de 8 800 vidéos et documente plus de 1 000 styles de danse. Le site de l’artiste précise qu’elle a travaillé avec une équipe internationale de cinquante-deux chercheurs, à partir de vidéos trouvées sur YouTube, Facebook et Instagram. Ces nombres décrivent le corpus constitué pour le projet.

La collecte n’est qu’une première étape. Une vidéo publiée en ligne possède son propre cadre : un format, une durée, un angle de prise de vue, un environnement et une relation à son public. Le montage extrait et rapproche ces images. Il rend certaines ressemblances perceptibles, mais change aussi le contexte dans lequel les gestes sont vus.

Kruithof décrit une composition rythmique accompagnée d’une bande sonore commune, travaillée à partir d’échantillons musicaux des vidéos collectées. Les huit canaux durent quatre heures chacun, soit trente-deux heures d’images au total. La distinction compte : cette somme correspond à des flux simultanés, et non à une séance linéaire de trente-deux heures.

Des écrans qui organisent le déplacement

Une image verticale au premier plan et des projections plus éloignées rythment une salle sombre où circulent des visiteurs.
Vue de l’exposition Anouk Kruithof — Universal Tongue à la Moderne Galerie du Saarlandmuseum, 2026. Photographie : Oliver Dietze.Photo : © Anouk Kruithof 2026, Foto: Oliver Dietze / Stiftung Saarländischer KulturbesitzSource : modernegalerie.org

Les photographies prises par Oliver Dietze dans l’exposition de Sarrebruck montrent des écrans répartis dans une salle sombre. Certains présentent une image verticale, d’autres un cadre horizontal. On aperçoit simultanément des projections proches et d’autres situées plus loin, ainsi que des visiteurs debout ou assis. L’installation ne se réduit pas à une seule surface frontale.

Cette disposition laisse au spectateur une part active dans le montage qu’il perçoit. Un déplacement change les rapprochements : deux gestes peuvent se répondre depuis un point de vue, puis se trouver séparés quand on avance. Le regard sélectionne, abandonne une image et en retrouve une autre. La simultanéité crée ainsi une expérience différente du défilement individuel sur un téléphone.

Les différences de formats restent également visibles. Elles rappellent que les séquences proviennent de situations de prise de vue diverses. Le dispositif muséal les rapproche sans faire disparaître complètement la manière dont elles ont été enregistrées.

L’archive devient visible autrement

Un grand mur couvert de rangées de petites images, avec des assises placées devant.
Vue de l’exposition Anouk Kruithof — Universal Tongue à la Moderne Galerie du Saarlandmuseum, 2026. Photographie : Oliver Dietze.Photo : © Anouk Kruithof 2026, Foto: Oliver Dietze / Stiftung Saarländischer KulturbesitzSource : modernegalerie.org

Une autre photographie officielle montre un mur couvert de rangées de petites images, avec des assises devant lui. Cette présentation donne une forme visuelle à l’abondance documentaire du projet. De loin, l’ensemble produit une trame ; de près, chaque vignette réclame une attention particulière.

Le contraste avec les écrans est instructif. Dans une grille fixe, le visiteur choisit la durée de son observation. Dans une vidéo, l’image continue de changer, même s’il souhaite retenir un détail. Faire coexister ces deux régimes permet de sentir la différence entre parcourir un corpus et suivre un mouvement.

Une circulation des gestes, avec des différences à préserver

Le titre Universal Tongue propose la danse comme langage partagé. Le dispositif rend sensible la circulation des images entre des contextes éloignés. Il laisse aussi ouverte une question : voir une ressemblance entre deux gestes suffit-il à comprendre ce qu’ils signifient pour ceux qui les exécutent ?

L’intérêt de la comparaison tient à cette tension. Le rythme peut rapprocher des séquences ; les circonstances d’une danse ne deviennent pas pour autant interchangeables. L’installation se regarde donc à la fois comme une composition et comme une invitation à prêter attention à la diversité des images qui la composent.

Voir Universal Tongue à Sarrebruck

La Moderne Galerie se trouve Bismarckstraße 11–15. Les horaires annoncés sont de 10 h à 18 h du mardi au dimanche, avec une ouverture jusqu’à 20 h le mercredi. L’exposition se poursuit jusqu’au 3 janvier 2027. La durée des flux permet d’y revenir ou de prolonger l’observation : chacun construit son parcours au sein des huit canaux.

Sources

Les informations factuelles de cet article s'appuient sur les sources suivantes.

  1. Anouk Kruithof — Universal Tongue — Saarlandmuseum – Moderne Galerie
  2. Universal Tongue, 2018–2022 — Anouk Kruithof
  3. Universal Tongue — vue officielle 1 — Saarlandmuseum – Moderne Galerie
  4. Universal Tongue — vue officielle 2 — Saarlandmuseum – Moderne Galerie
  5. Universal Tongue — vue officielle 3 — Saarlandmuseum – Moderne Galerie